La maison des écritures, 10 Ans après

Salut la Cie,

Ce petit billet sous forme d’un souvenir que je voulais vous partager. Aujourd’hui, pile poil, il y a dix ans, je quittais ma résidence dans la maison des écritures de Lombez, dans le Gers, où j’avais passé 4 mois, grâce au Centre National du Livre et la DRAC qui l’avait financée. Ce fut un moment intense pour moi où j’avais vécu là-bas, comme chez moi. Arrivé dans le milieu de l’automne, je suis reparti en ce début de printemps 2012, ni tout à fait le même auteur, ni tout à fait le même homme…

A 40mn de Toulouse, loin des miens, pour la première fois, j’ai pu me concentrer sur mon écriture, faire avancer des projets et aller à la rencontre d’un public qui ne me connaissait pas du tout. Dans le concept des résidences, vous devez donner 30% de votre temps à la communauté et vu que j’avais écrit ce que je voulais écrire en deux jours, je pense avoir consacré 90% de mon temps à animer des ateliers, à aller à la rencontre de cette ruralité, loin de Paris.

Il me reste, dix ans plus tard, des souvenirs impérissables de personnes merveilleuses rencontrées sur place, de Laurence à Guy Bordes, immense intellectuel, homme d’une culture si impressionnante que chaque rencontre pouvait passer des heures sans que je l’ouvre, passionné par tout ce qu’il livrait. Sa disparition, quelques années plus tard, me toucha sincèrement, parce qu’il avait bousculé un certain nombre de convictions chez moi. Encore plus lorsqu’il me livra « sa » guerre d’Algérie, alors que j’allais écrire « Un gramme de lumière », pièce qu’il aura beaucoup inspiré.

Et puis, bien sûr, Paul Claudel. Pas l’autre qui balança sa sœur chez les dingues, mais le mien, le président de la maison des Ecritures. Un dévoreur de bouquin comme on n’en fait plus. Un homme rare qui m’a fait faire une ascension, tant littéralement à plus de 2000m au pic d’Espingo, qu’intellectuellement. Paul est un homme que j’aime appeler mon ami et qui, à chaque visite parisienne, me fait l’honneur d’un déjeuner riche en anecdotes et en indignations de tous genres vis à vis des politiques culturelles. Et, à mesure qu’il vieillit, il répète deux à trois les mêmes fins de phrases. Les mêmes fins de phrases.

Je finirai avec le même tic.

Enfin, il y a eu aussi ces deux mois de travail au sein du centre de détention de Muret, face à ces 6 types, chacun ayant pris 20 ans. Et quand t’as pris 20 ans, c’est pas pour avoir bousculé Mamie pour lui choper son sac de courses. Je raconterai dans un podcast un de ces jours, ma première visite de travail à Muret. Pas pour me faire reluire la couenne, non. Non, parce que je n’en menais pas large à l’époque. Mais parce que humainement, je n’ai jamais rien vécu de plus fort, en terme de peur, en terme de pression. Et ces gars, qui avaient commis des meurtres, des pédophiles, des violeurs, bref, ce qu’on peut communément appeler des monstres, j’ai ri avec eux.

J’ai plaisanté. J’avais envie de les revoir chaque semaine, même si chaque semaine, lorsque je rentrais dans mon appartement, je vidais la moitié d’une bouteille de rhum pendant que je prenais mon bain. J’ai vu de l’humain dans le monstre et je me suis interrogé mille fois sur mon humanité, sur ma monstruosité, pourquoi moi, j’étais de côté des barreaux et pas de l’autre.

Après ça, non, je n’ai plus jamais été le même homme, plus le même auteur. J’ai considérablement réduit les comédies douces-amères pour m’engager dans des sujets plus sociétaux ou pour aller traquer l’humain, partout où il peut être, puisque, visiblement, il peut aussi continuer d’exister dans le monstre…

Merci au CNL, à la DRAC, à la Maison des Ecritures de Lombez, pour cette opportunité de vivre de mon travail et de m’avoir fait comprendre que mon travail ne se limitait pas à poser mon derrière et écrire des histoires, mais d’aller un peu plus au contact pour les vivre un peu plus fort, qu’écrire n’était pas suffisant, que témoigner l’était tout autant. Merci Paul, pour ta confiance, pour ton soutien, depuis tout ce temps. A la première occasion, je reviens, ne serait-ce que pour vérifier si tu répètes plus de trois fois tes fins de phrases. Juste pour voir.

Juste pour voir. Pour voir…

Photo Emilie Deville

Auteur : Lilian Lloyd

Auteur, metteur en scène, scénariste, comédien, compositeur pas encore mort (1973-2000 et des poussières)

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