Mon tiéquar qui s’éteint

Salut la Cie,

Ce matin encore, alors que je me baladais dans mon quartier de cœur, entre le 11 et le 12. Ledru Rollin, Faubourg St Antoine. Naguère (oui, j’ai écrit naguère parce qu’on a l’impression qu’on parle du siècle dernier), tu remontais vers le nord ou tu descendais vers la Seine, ça allait et venait. Ici et là, du « She’s cake » au « Bistrot du peintre », en passant par le « Bar à mines », ça se marrait aux terrasses, et peut-être même que certains soirs, ça gueulait un peu. Et franchement, ça se faisait chier.

Et puis d’un coup. Le silence. Ou presque.

En réalité, cet entre-deux, c’est pire.

Si t’as envie de repeindre chez toi, c’est open bar, si t’as envie de voir tes potes, c’est porte close. Alors, repeints chez toi. Ou fais un Zoom. Mon quartier s’est desséché. Les voitures passent, les piétons masqués, homo economicus, sacs de courses ou autres dans les mains rentrent chez eux. Repeindre donc.

On vit une pas drôle d’époque, alors qu’on va bientôt (pas) fêter ce premier confinement. Autant te dire que te promener ici, avec en mémoire une époque pas si lointaine, t’as vraiment l’impression d’habiter dans une chanson de Léo Ferré. Oui, même les plus chouettes souvenirs, ça t’as une de ces gueules…

Alors, maintenant que ça fait plus de 100 jours que tout est fermé, que dans ce pays, on ne meurt plus que de ce virus, que même quand on meurt d’un cancer, c’est de ce virus, que même que quand on meurt du diabète, c’est encore du virus, et quand on meurt de tristesse, c’est aussi de ce virus ? Quand on crève de ne pouvoir faire ce qu’on s’est tué toute notre vie à faire, c’est le virus ? Quand on se brise devant les incertitudes, les absurdités de certaines décisions, c’est toujours lui aussi ?

Mon tiéquar s’éteint. Je sais, ce n’est pas le seul. C’est juste le mien, entre Aligre et Gare de Lyon. Du haut 7ème, t’as les grues qui s’affairent autour de Notre Dame, les 15-20 relâche les cannes blanches courageuses, et honnêtement, je ne sais même plus si la Tour Eiffel s’allume. C’est pas le covid qui va nous tuer, mais le coronatristus.

Auteur : Lilian Lloyd

Auteur, metteur en scène, scénariste, comédien, compositeur pas encore mort (1973-2000 et des poussières)

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