Chère Sam…

Très Chère Sam,

Longtemps que je n’ai pas eu de tes nouvelles. Huit ans. Tu me snobes depuis tout ce temps. Franchement, j’attendais un peu plus de toi. Après tout ce que j’ai fait pour te faire rire, jusqu’à te mettre en scène tes funérailles. Pour de rire.

Huit ans, c’est bien ça ?

Je te pose la question comme si tu allais me répondre. Et comme je voyais que tu faisais – encore – partie de mes abonnées, je me disais, sur un malentendu, dans le Ciel, où je ne sais où, tu lirais ces mots. Honnêtement, je suis content de voir qui tu es encore dans ces horizons, à me suivre et toi, franchement, ce n’est quand même pas la Mort ou la demi-douzaine de cancers que tu t’es amusée à trimballer un peu partout qui t’empêcherait de suivre ton auteur contemporain pas encore mort – lui -.

Je t’imagine, en face, lire mon ironie, mon sarcasme et me lancer, toute en bienveillance, comme à ton habitude, un assez sobre mais néanmoins direct « connard ».

Huit ans, c’est ça.

Et ce jour, chez Mickey, à essayer d’essuyer les torrents de larmes sur les joues d’Emilie, pendant qu’un intermittent, costumé en Dingo passait en remettant sa tête en place et que la musique toute en gaité dégoulinante de Disney était diffusée sur les hauts-parleurs. Huit ans que ta dernière vanne m’a moyennement fait rire. Pleurer, oui. De rire, vraiment, nan, genre moyen moins.

Huit ans, donc et depuis tout ce temps, tu as continué à me suivre, pas à me hanter, hein, nan, me suivre. Tu me suis, dans des pièces, dans des anecdotes, dans des souvenirs que huit années ne parviennent pas à mettre à distance. C’est bien de ne pas trop mourir. Juste ce qu’il faut aussi pour nous laisser avancer. Mais juste ce qu’il faut pour faire de la place et laisser grandir ce que tu as semé, en nous, partout.

Les Cheyennes, c’est toi. Et si tu avais été là, aujourd’hui, dans notre situation, je t’imagine, aller dehors, sans masque, sans rien, te faire arrêter par les flics qui voudraient t’amender et, d’un geste de la main, enlever ton bonnet pour montrer ta tête nue et leur balancer « c’est bon, j’ai déjà trois cancers, j’affiche complet pour le Covid »…

Là, tu m’aurais fait rire. Et c’est moi qui aurais payé les 135 balles.

Je ne te souhaite pas un bon anniversaire parce qu’on s’en serait passé de celui-là, mais je t’embrasse. Où que tu sois.

Auteur : Lilian Lloyd

Auteur, metteur en scène, scénariste, comédien, compositeur pas encore mort (1973-2000 et des poussières)

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